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POLITICS

Traverser la grande isolation : sans colonial

22 NOVEMBER 2020

 

L’une système mondial que nous sommes déjà, exige aujourd'hui de nouveaux moyens et de nouvelles fins car il est composé à la fois d'anciennes et de nouveaux composants qui ne sont pas comprises par le colonialisme mais par autre chose contemporain. La loi compréhensive d’arrangement de ces nouveaux composants n’est pas postcolonials, elle est sans-colonial. Les composantes sont compris par quelque chose d'autre dont la silhouette peut ne pas être visible pour nous, car nous ne l'avons pas encore imaginée collectivement, mais elle sera visible pour les générations à venir lorsque elles se souviendront cette époque de la Grande Isolation. Notre imagination en théorie et en politique doit donc devenir sans-coloniale dans tous les sens.

Detail of Stages of Life by Caspar David Friedrich; Image credit: Wikimedia Commons

           e que nous traversons aujourd'hui restera dans les mémoires des générations à venir comme la Grande Isolation. Et nous devons passer au travers. C'est le « traverser » et « l’isolation » que nous devons penser collectivement, maintenant plus que jamais.


Ce confinement mondial, cet enfermement, est une situation dont les effets ont dépassé les échelles et le lieu des événements nommé « grand » - la grande guerre en Europe, la grande dépression, la grande migration des Africains -Américains entre 1916 et 1970, la grande famine (qui est en fait le nom donné à trois famines distinctes en Irlande, en Inde britannique, et en Chine).


Bien que différents pays, et même des provinces et des zones urbaines, soient enfermés à des degrés divers, le lieu de l'isolation aujourd'hui est le monde entier. Le monde a été enfermé. En effet, la pandémie de COVID19 a tout affecté. Nous sommes, depuis un certain temps maintenant, intégrés dans et comme le monde entier par les canaux des économies interconnectées, les canaux des transports et des communications mondiaux et les canaux de la migration. Toutes ces voies nous ont intégrés dans une système mondial de relations réciproques, qui sont réparties en même temps sur d'immenses inégalités et préjugés. Comme dit la poème d’Elizabeth Bishop sur une maison de fous : These are the years and the walls and the doors (Ce sont les années et les murs et la porte) mais pas d’un maison de fous, plutôt de la monde comme notre grande isolation.


Au début, l'isolation suggère un confinement physique et une solitude. Mais nous savons que de nombreux types d'isolation constituent le trait régulier de notre monde - les ateliers de misère, les ghettos, les complexes résidentiels fermés, les centres de détention, les camps de réfugiés, les prisons ainsi que les îles privées. Chacune de ces formes d'isolation est une régularité, c'est-à-dire un ensemble d'actions et de processus qui se répètent de manière régulière. Les États-nations eux-mêmes avec leur sécurisation des frontières, leurs critères d'identité nationale, leurs cérémonies et mythes d'affiliation, sont des isolations. Et même de plus grandes régions du monde ont été isolées selon leur fonction. Par exemple, certaines sont considérées comme les poumons de la planète, d'autres sont considérées comme les mines. On parle des usines du monde, et des policiers du monde, etc. Tout ces isolations sont isolation fonctionnelles ayant ses formes réguliers.


Les régularités sont produites par isolation fonctionnelle, par lequel les personnes et les choses sont tenues dans des relations matérielles de moyens et de fins sous des formes qui permettent des fonctions spécifiques. Autrement dit, les personnes et les choses subissent l’isolation de leurs multiples fonctions possibles en seulement quelques possibilités. Elles ont renoncé à la réalisation de toutes les autres fonctions pendant cette durée, ou ces autres fonctions sont interdit. En ce sens, les régularités qui composent nos sociétés - l'économie, les systèmes de santé, l'éducation, l'emploi, la culture, la militaire, les sports - sont autant d'isolations fonctionnelles des hommes, des femmes et des choses. Par exemple, aujourd'hui, les "travailleurs essentiels" sont les personnes qui sont fonctionnellement isolées de sorte qu'elles ne peuvent pas pratiquer la distance physique.


Cependant, il n'y a pas de correspondance stricte entre la forme et la fonction. Dans certains cas, la même forme peut être construite pour exécuter plus d'une fonction. Par exemple, un masque peut nous protéger du virus et également nous rendre non identifiables. Dans d'autres cas, la même fonction peut être exécutée par plusieurs formes. Par exemple, les régularités ayant des formes diverses isolent néanmoins les personnes dans presque la même fonction - ateliers de misère, travail pénitentiaire, centres de détention, travail dans les exploitations minières. Cette protéiforme de relation entre forme et fonction permet une chose d’être construite comme un élément dans plus d'une régularité, et elle permet une régularité elle-même de devenir une composante d’un plus grand et complexe arrangement régulier : comme les machines ou la société moderne.


Certains composants sont plus à l'abri de l'isolation fonctionnelle, en ce sens qu’ils peuvent recevoir diverses fonctions à la fois, tandis que d'autres composant ne le peuvent pas. Par exemple, un romancier peut également être un politicien, un universitaire peut également être une musicienne ; alors qu’un mineur de charbon ne peut pas non plus être un athlète amateur. Un réfugié campé ne peut pas non plus être flâneur ou ambassadeur de l'éducation universelle des enfants. Pourquoi ? Parce que dans chacun de ces cas, une personne est fonctionnellement isolée dans la composante d'un plus grand système qui règlemente les degrés d'isolation fonctionnelle. Les degrés de liberté lié à l'isolation fonctionnelle dépendent de manière dont les composants sont co-articulés dans un arrangement qui est plus ou moins stable, et qui est spécifié par une loi compréhensive. La création de nouvelles libertés nécessitera de notre part que nous commençons à penser et à agir par rapport à la constructibilité des choses et leurs coarticulations, nous y compris nous-mêmes, et commençons à le faire sans illusions.


Ensuite, nous devons devenir intimes avec le pouvoir de telles modifications et inventions : chaque chose a sa gamme de constructibilité, c'est-à-dire l’envergure, qui varie d'une chose à l'autre. Également, une chose peut outrepasser son envergure au moyen d'une coarticulation avec une autre chose dans une nouvelle régularité et une nouvelle isolation fonctionnelle. Victor Hugo avait parlé « d'une ville ayant l'envergure latente d'un continent, Paris… ». Une chose peut acquiert ainsi une nouvelle liberté pour prendre de nouvelles formes et de nouvelles fonctions. Cette liberté n'est pas infinie mais elle a plutôt l’envergure ouverte par la loi compréhensive qui règle cette nouvelle coarticulation d’un système particulier.

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La grande isolation …

                    l'opposé de pure polynomie est le désir d'isolation fonctionnelle permanente de tous nos pouvoirs. Cela emmurerait nos pouvoirs polynomiaux en une seule fonction une fois pour toutes – une isolation fonctionnelle unique qui serai la dispersion de toutes les isolations l’avenir. Comme un sépulcre, ce serait un confinement permanent de pure répétition.

Self-Portrait, Anton Pilgram, 1510; Photo credit: Web Gallery of Art wga.hu

Ensuite, nous devons comprendre la relation de l'isolation fonctionnel à la liberté. Il s'agit d'une liberté qui provient de la « polynomie ». Polynomie(poly + nomos) est l'impossibilité d'avoir une seule loi. La polynomie est le pouvoir de penser et légiférer différentes régularités dans un même objet, et ainsi inventer de nouvelles formes et fonctions. Les fonctions ne peuvent être isolées que dans quelque chose qui est capable de recevoir de nombreuses formes de régularités et est capable de passer d'une forme à une autre. Mais cela implique deux choses. D'un côté, la polynomie assure la modification des corps pour de nouvelles régularités qui résistent et traversent les isolations fonctionnelles établis. Et de l'autre côté, les isolations fonctionnelles qui s'inscrivent dans les rythmes de nouvelles régularités résistent aux rêves de polynomie.
Cela signifie que la polynomie ne peut être activée que par le biais d'isolats fonctionnels de durée plus ou moins longue. Comme Heidegger l'a expliqué « le maintien qui – disposant l'accord – confine le présent, ce maintien délivre limite et est ainsi … cela qui est sans limite en tant qu'il se déploie pour disposer la limite du séjour de chaque présent séjournant pour un temps ».(1) Donc, la liberté réside dans l'imagination et la matérialisation du passage d'une isolation à l'autre.


Il y a deux erreurs contre lesquelles nous devons être prudents en ce qui concerne la polynomie et l'isolation fonctionnelle : le premier est un désir de pure polynomie, c’est-à-dire, d’une libération permanente de l'isolation fonctionnelle. Dans pure polynomie nos pouvoirs deviendraient comme des cellules embryonnaires mortes, rêvant de tout mais ne réalisant rien. Nous resterions dans une attente permanente qui n'invente aucune forme, ne matérialise aucune fonction, pas même les conditions de sa propre existence.


D'un autre côté, l'opposé de pure polynomie est le désir d'isolation fonctionnelle permanente de tous nos pouvoirs. Cela emmurerait nos pouvoirs polynomiaux en une seule fonction une fois pour toutes – une isolation fonctionnelle unique qui serai la dispersion de toutes les isolations l’avenir. Comme un sépulcre, ce serait un confinement permanent de pure répétition. Une fonction finale deviendrait le sépulcre de notre polynomie.


Dans le discours embrouillant sur libre arbitre et destin, la liberté individuelle et l'autonomie de groupe, il y a quelque chose d'autre avec lequel nous devons de toute urgence devenir intimes : nos isolations fonctionnelles échangeable, la polynomie de notre imagination et les erreurs de pensée à son égard. La liberté de forme et de fonction est aussi une liberté de moyens et de fins. Un moyen pour atteindre une fin particulière peut être réaffecté à une fin très différente, et une fin elle-même peut devenir le moyen d'une nouvelle fin. C'est le pouvoir que nous avons d'imaginer des fins, car l'animal humain n'est pas préprogrammé ou destinée avec son origine et sa fin, il est plutôt abandonné par les origines et les fins. Et c'est en cela que réside notre liberté qui se révèle simultanément comme notre grande responsabilité. Par conséquent, le désir d’augmenter la liberté exige notre attention à l'ensemble de l'arrangement qui nous comprend actuellement.


Cette pandémie, cette époque de notre grande isolation, a révélé précisément cela - le monde entier etais intégré dans un arrangement complexe, et maintenant c'est dans une crise que nous sommes entrés ensemble, nous de toutes les parties du monde, chacun à son propre différent façon. C'est la mauvaise préparation du monde face à une calamité pour la plupart prévisible, qui a conduit au verrouillage et isolation comme seul recours. Et nous sommes entré dans la grande isolation. Le désir ainsi que l'hésitation à mettre fin au verrouillage nous disent que cet enfermement mondial est une isolation fonctionnelle du monde entier en la seule fonction de durer la crise. Cette grande isolation devrait être une isolation transitoire. 

                                    … traverser : sans-colonial


L'infection virale peut se propager dans différentes régions à des degrés différents. Mais les effets sur la santé, les moyens de subsistance, la production, la disponibilité des choses, et la mobilité des personnes se sont répandus partout par les canaux qui relient toutes les composantes et toutes les régions du monde.


C'est grâce à l'arrangement préexistant de ces canaux que les épidémies ainsi que la santé se propagent. En dehors d'eux, nous ne pouvons pas penser à la santé ou à la maladie en soi - par exemple, il n’y a pas de durabilité en soi en tant que santé planétaire, il n’y a pas d’humanité en tant que maladie planétaire. Si nous pensions de ces façons, nous n'aurions rien vers quoi orienter nos efforts de transformation. Tout comme Kant a commencé à philosopher en reconnaissant qu'il n'y a rien en soi, de la même manière, il n'y a pas de maladie en soi, il n'y a pas de pathos noumène. Les choses sont liées les unes aux autres et ils se tendent la main à travers leurs isolations.


« Traverser »  dérive étymologiquement de la racine spéculative « tere », qui signifie passer à travers et aller au-delà, outrepasser. Parmi d’autres termes tiré de la racine «  Tere  » sont « serai » (qui signifie en persan une auberge de voyageur), et « trench » en anglais (qui coupe des endroits dans le sol) et « trans » en beaucoup des langues (qui désigne la vocation même de traverser et de dépasser, comme chez les transgenres). L'isolation fonctionnelle est la logique de l'invention et de l'artifice qui construit sur des régularités données, les traversant et les transformant en nouvelles régularités et leurs nouvelles combinaisons.


Les personnes migrantes ont sans cesse façonné l'histoire humaine. Les chemins migratoires ont été des mouvements multiples à travers des isolations fonctionnelles, de l'un à l'autre, au moyen de l'un à l'autre. Ces mouvements ont activé le pouvoir polynomial de notre imagination pour inventer de nouvelles technologies, de nouvelles institutions, de nouveaux goûts, de nouvelles valeurs, de nouvelles idées, de nouveaux amours, de nouveaux corps. C'est une vocation pour l'invention de nouvelles formes et fonctions qui ne peuvent pas être réprimé dans les mythes ethnocentriques. Ces mythes cherchent à emmurer nos souvenirs de notre propre imagination, et sur cette caractéristique du mythe, Jean-Luc Nancy avait remarqué dans Une pensée finie « Non seulement le mythe identifie, mais surtout il s'identifie lui-même …. Le mythe est le sens qui est son propre sujet, le nom propre en tant qu'idiosémie d'un idiolecte »(2). Alors, comment se fait-il qu'aujourd'hui l'idée de la mobilité des personnes, de leurs grands vols à travers les océans, les continents et les époques civilisationnelles soit rendue dangereuse et incertaine, une transgression punie ?


Ainsi, débattre du faux problème de la reprise du travail ou de la poursuite de verrouillage revient à omettre de se demander : dans quelles conditions l'un ou l'autre pourrait être meilleur ? On est inquiété quand certains disent que quelques décès de Covid, peut-être de citoyens plus âgés et plus faibles, sont un moindre mal qu'un confinement prolongé. Nous pouvons également imaginer que certains pensent plus silencieusement que quelques travailleurs décédés au travail grâce à Covid constituent une perte abordable.


La spéculation sur ces chiffres comparatifs de la mort est en train de devenir un moyen pour les gouvernements et les entreprises de cacher de notre vue les aspects vraiment discutables de la disposition des composants de notre monde :


Pourquoi les systèmes de soins de santé déficients dans presque tous les pays?
pourquoi le zèle pour les compétitions et disputations régionales quand la coopération mondiale est plus que jamais nécessaire, que ce soit pour une pandémie ou pour l'environnement?


Les gouvernements se précipitent pour alléger leurs blocages mal planifiés, et nous pouvons déjà voir les signes des efforts visant à revenir aux ordres mondiaux préexistants. Mais nous nous rendons compte que cette grande isolation n'est, et ne devrait être, qu'un isolation fonctionnelle transitoire, c'est-à-dire un interrègne.


Pour cela, le monde doit soigner la polynomie de la pensée, la faculté collective d'imagination. Les faux problèmes sont eux-mêmes une isolation de notre pouvoir polynomique de pensée. L'isolation fonctionnelle de la pensée qui opère et domine aujourd'hui est un cadre confus et ambigu appelé « globalisation ». En utilisant une perspective postcoloniale, ce cadre désigne à la fois de façon ambiguë 1) l'arbre généalogique du mal censé provenir du XVe siècle et comprenant l'expansion commerciale, la colonisation et l'industrialisation, et 2) les processus contemporains plus spécifiques du techno-capitalisme. Par ses ambiguïtés, le terme « globalisation » encourage la mise en place d'une position morale contre mondialisation en faveur de l'autosuffisance régionale, de frontières fermées, d’agrandissement de soi local, et de justifications hypophysiques des ethnocentrismes, même si nous savons qu'il n'y a pas de retour du système mondial à une existence régionale isolée. Cette position morale est désormais le lieu d'une étonnante convergence entre la gauche et la droite. La gauche s’a éfforcé depuis un certain temps pour s'opposer à la globalisation et à promouvoir la « localité ». Mais à quel endroit et quelle cellule sera chacun de nous retourné et isolé ? L'extrême droite a étendu son discours centenaire sur le sang et le sol. Aujourd'hui, nous pouvons discerner les voies par lesquelles les conséquences de ces deux discours convergent, de telle sorte que la « localité » attribuée à chaque personne sera déterminée par son appartenance ethnique et son identité racialisée. Comme nous pouvons le voir, toutes les sympathies pour les migrants et les réfugiés n'ont pas réellement sauvé les familles mexicaines à la frontière Amérique, les noyées de Lampedusa, les camions charniers d’Hongrie, les Rohingyas chassés, sans parler de soi-disant « migrants internes », comme les travailleurs qui rentrent chez eux en Inde en ce moment, et qui constituent une plus grande proportion des flux migratoires mondiaux. L'année dernière, c'est en France que l'extrême droite a soulevé le cri du localisme, et cette année c'est l'extrême droite hindoue en Inde qui exige de « sois vocal pour local ».


Ce rêve gandhien de vie minimisée, est-il vraiment possible ? Le rêve postcolonialist d'une vie confinée aux régions, d'un retour à la tradition et à la régionalité sous une forme autosuffisante et donc hautement disciplinaire, est-il vraiment possible ? Ou sommes-nous attirés dans nos régions et dans des identités enthnocentriques seulement pour détourner nos yeux loin de véritables processus d'intégration mondiale qui se poursuivront ? C'est peut-être le marque d'une isolation encore plus grande que le verrouillage actuel : notre isolation dans de faux combats tels que nous sommes exclus des vrais combats de notre monde. En d'autres termes, nous sommes exclus de la politique.

                    Tout comme Kant a commencé à philosopher en reconnaissant qu'il n'y a rien en soi, de la même manière, il n'y a pas de maladie en soi, il n'y a pas de pathos noumène

                    Des discours historisés organisé autour du talismanique mot « colonial » ont plongé la plupart des chercheurs dans les archives. Ce n'est pas que ces recherches soient sans valeur, c'est plutôt que l'isolation fonctionnelle de toute pensée dans le seul cadre du « colonial » et dans le seul souci de la décolonisation, risque de devenir permanent.

Mass grave on New York City's Hart Island, Source: Reuters

Nous avons temoigné passivement à un accord mondial sur la plupart des processus économiques, des protocoles technologiques et des normes; et il existe des institutions mondiales qui dictent les conditions aux gouvernements nationaux. Entre-temps, les tendances au régionalisme compétitif, à l'ethnocentrisme et au nationalisme, qui persistaient avant même la pandémie, se sont maintenant renforcées dans de nombreux pays. Ils mettent désormais en danger des travailleurs médicaux, des journalistes, des militants, des réfugiés et des minorités. Chaque région postcoloniale est incitée à s'identifier dans son passé et à se revendiquer sur cette base. Ces petites pièces peintes par les théories postcolonialistes nous emmureront dans des isolats fonctionnels permanents qui mèneront des différends discursifs sur les revendications régionales, tandis que le monde entier lui-même sera façonné de manière incontestée par des décisions technologiques et économiques que nos esprits isolés au niveau régional ne comprendront ni ne contesteront. Le discours nationaliste postcolonialiste aide les partis d’extrême droite à croitre en dominant leurs circonscriptions, sans s’occuper des problèmes et des besoins contemporains des gens. C'est, comme dirait Simone Weil, « un renversement de la relation entre les moyens et les fins ». Par exemple, l'ordre des castes en Inde opprime 90% de sa population qui est de caste inférieure, y compris les travailleurs migrants qui sont maintenant bloqués dans l'isolation. Comment lutter contre cette isolation social qui est une forme de racisme et d’apartheid à la fois plus ancienne que le colonialisme et qui a survécu avec ténacité et oppression à la décolonisation officielle de l’Inde?


Des discours historisés organisé autour du talismanique mot « colonial » ont plongé la plupart des chercheurs dans les archives. Ce n'est pas que ces recherches soient sans valeur, c'est plutôt que l'isolation fonctionnelle de toute pensée dans le seul cadre du « colonial » et dans le seul souci de la décolonisation, risque de devenir permanent. Et il le fait en se posant à la fois comme le moyen et la fin – le moyen de vivre dans un traumatisme colonial de violence épistémique pour la fin du revivifier le précolonial.


Ensuite, notre responsabilité est collective et elle consiste maintenant à imaginer le passage à travers nos grandes isolations fonctionnelles, à la fois le verrouillage physique de la pandémie et le verrouillage de notre pensée par le régional, le local et postcolonial. C'est le moment de faire des demandes non seulement pour telle ou telle région déterminée par un passé, mais pour le monde entier dans lequel toutes les régions sont devenues co-impliquées dans leur bien-être, et la plupart des problèmes se sont co-articulés.


L’une système mondial que nous sommes déjà, exige aujourd'hui de nouveaux moyens et de nouvelles fins car il est composé à la fois d'anciennes et de nouveaux composants qui ne sont pas comprises par le colonialisme mais par autre chose contemporain. La loi compréhensive d’arrangement de ces nouveaux composants n’est pas postcolonial, elle est sans-colonial. Les composantes sont compris par quelque chose d'autre dont la silhouette peut ne pas être visible pour nous, car nous ne l'avons pas encore imaginée collectivement, mais elle sera visible pour les générations à venir lorsque elles se souviendront cette époque de la Grande Isolation. Notre imagination en théorie et en politique doit donc devenir sans-coloniale dans tous les sens. « Sans » en français, « sans » en anglais, « ohne » en allemand, et « sin » en espagnol signifie en dehors. Nous devons non seulement mettre fin aux vestiges des anciens colonialismes, mais nous devons aller au-delà du référer toutes les questions au « colonial ». Nous avons été préoccupés de fignoler le traumatisme de la colonisation, mais ce que nous devons faire de toute urgence, c'est imaginer collectivement un nouvel arrangement pour le présent et l'avenir. Nous devons insister sur l'avenir démocratique de tous, partout dans l’une système mondial – nous devons insister sur la démocratie du monde sans-colonial.

Translated by LAURENCE JOSEPH

NOTES

1. Chemins qui ne mènent pas nulle part, Gallimard, p. 444; „Der Brauch aber, der, den Fug verfügend, das Anwesende be-endet, händigt Grenze aus und ist … das, was ohne Grenze ist, insofern es darin west, die Grenze der Weile dem je-weilig Anwesenden zu „schicken.“ Martin Heidgger, Holzwege, Frankfurt am Main: Vittorio Klostermann, 1977, p. 368. 

2. Jean-Luc Nancy, Être singulier pluriel, Galilée, 1996, p. 182.

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It will not be a world democracy, since it must be the people themselves who create themselves and arrange themselves. Rather, we affirm a democratic essence of the world: peopled by all the living and by all the conversing, wholly configured by their existence and by their words.

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