L’hospitalité est sa réversibilité : de langue à langue

6 September 2022

L’hospitalité est sa réversibilité : de langue à langue
PHILOSOPHY
POLITICS

Souleymane Bachir Diagne ; Crédite d’image : Vincent Muller / Éditions Albin Michel

Compte rendu du livre De langue à lange par Souleymane Bachir Diagne, Éditions Albin Michel, 2022.

Il est encore temps d’interroger la place de la traduction dans la polyphonie des langues ? Quelles en sont les ordonnées, là où la traduction apparait comme gagée par ceux qui parlent sur les scènes internationales en outil de pouvoir. Peut il en être autrement ?

La parution chez Albin Michel de De langue à langue, L’hospitalité de la traduction nous permet de l’imaginer.


Souleymane Bachir Diagne, philosophe sénégalais, est spécialiste de l'histoire des sciences et de la philosophie islamique. C'est l'une des voix africaines contemporaines les plus respectées.


A partir de l’histoire et la géographie de la traduction il déploie l’une des racines de ses intentions, la restitution. Développant une archéologie de la traduction, Souleymane Bachir Diagne jalonne les terrains coloniaux et post-coloniaux. Il ouvre l’épreuve de l’étranger par la pluralité de ses motions et de ses résistances. La partition jungle, et langue dominante est ici éclatée en convoquant les motifs de linguiste, ethnologue, historien, béhavioriste, théologien, écrivain, poète, artiste avec qui il converse pour accéder à l’intention première de la traduction, comprendre


Ré-interrogeant l’énigmatique traduttore traditore et ses interprétations, il pose en repère sur la cartographie de la traduction, ceux qui en sont les plus lumineux. Ainsi à la sienne, il prête voix à ceux qui ont oeuvré à porter la sensibilité d’une langue à l’autre, à porter l’oeuvre de la traduction, comme hospitalité d’une langue à l’autre.




Aussi à propos de restitution, Souleymane Bachir Diagne applique à lui même le principe d’enrichissement par la parole de l’autre. Il met en correspondance ses réflexions sur la réalité du métissage auquel donne lieu l’enjeu de la restitution des objets d’art africains à leurs pays d’origine. Jouant alors leur rôle d’intercesseur il questionne cet autre passage d’une langue à l’autre.


« La ressocialisation demandera une retraduction. Les sculptures de l'art africain classique revenu « dans leur propre demeure » parlerons


une langue faite d'hybridations multiples, qui demandera à être traduit. La translation du retour n'annule pas celle du départ, elle s'y ajoute. Comme Derain visite dans les galeries ethnographique du British Museum, les artistes africains qui veulent converser avec les œuvres d'art du passé devront apprendre à les traduire, à faire courir eux aussi le crayon et la main pour apprendre à les incorporer, peut-être, dont des créations nouvelles. »


Le saisissement ne peut avoir lieu que dans l’après coup d’un mouvement décentré de traduction et de re-traduction.


Ce qu’a à offrir un texte en langue étrangère c’est l’intraduisible. L’hospitalité comme l’indique le mot hôte en français est sa réversibilité. Si itur ad astra.


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