Situation de l’aveuglement face à la catastrophe nucléaire : réflexion de la situation post-Fukushima à partir de Günther Anders

2 March 2021

Situation de l’aveuglement face à la catastrophe nucléaire : réflexion de la situation post-Fukushima à partir de Günther Anders

Daisen-kofun, tombe mégalithique dans Osaka ; Crédit d’image : Wikimedia Commons

Dans cet article, nous allons traiter du rapport essentiel entre l’énergie nucléaire et l’arme nucléaire. Si l’énergie nucléaire est inséparable du risque des accidents catastrophiques, c’est parce qu’elle a été inventée en se basant sur la technologie de l’arme de destruction massive, c’est-à-dire sur la technologie de l’arme nucléaire. Suivant cette présupposition, nous allons analyser la situation post-Fukushima en invoquant l’idée d’un « aveuglement face à l’apocalypse nucléaire » ou d’un « aveuglement face à la catastrophe nucléaire ». Nous nous référerons alors à la pensée de Günther Anders (1902-1992), qui a continuellement réfléchi sur la civilisation moderne d’après l’invention de l’arme nucléaire. Nous verrons notamment que notre « aveuglement face à la catastrophe nucléaire » se répète, telle une compulsion de répétition, depuis soixante ans jusqu’à nos jours, ce qui nous paraît de plus en plus visible dans la situation post-Fukushima

Répétition de l’« aveuglement » face à la catastrophe nucléaire : 1954, 1979 et 2011


C’est certainement Günther Anders qui a le plus profondément réfléchi, dans les années 1950, sur la crise de la civilisation moderne d’après l’invention de l’arme nucléaire. Philosophe juif né en Allemagne, Anders critiqua avec sévérité la technologie moderne, notamment la technologie nucléaire. Ayant étudié sous la direction de Husserl, de Heidegger et d’Adorno, il s’exilia aux États-Unis après la prise du pouvoir par le Nazi. Pendant son exil, il fut profondément marqué par les deux bombardements nucléaires de Hiroshima et de Nagasaki, et commença à s’occuper de la critique de l’arme nucléaire. Dans ce contexte, son article rédigé en 1954, intitulé « Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l’apocalypse » (repris dans L’Obsolescence de l’homme) nous semble le plus important. Il est à noter qu’en 1954, l’équipage du bateau japonais Daigo Fukuryu Maru fut hautement irradié à cause du premier essai de la bombe à hydrogène états-unienne dans l’un des territoires sous leur tutelle, l’atoll de Bikini. On sait très bien aujourd’hui que presque tous les membres de cet équipage sont morts après avoir présenté divers symptômes d’irradiation


Du point de vue post-Fukushima, l’article d’Anders dévoile une perspective philosophique singulière, laquelle ne se borne pas à traiter de la bombe nucléaire. Autrement dit, la catastrophe nucléaire de la Centrale Fukushima-Daiichi nous montre, d’une manière toute nouvelle, la question du nucléaire posée par Anders il y a presque soixante ans.


Nous voudrions tout d’abord prêter notre attention au passage qu’Anders insère dans la préface de la cinquième édition de L’Obsolescence de l’homme, publiée en octobre 1979


Je n’ai cependant pas de réserves à faire aujourd’hui sur l’essai que j’ai à l’époque écrit sur la bombe. Je le tiens même pour plus important qu’il y a vingt-cinq ans, parce que désormais les centrales atomiques obstruent le regard que nous pouvons porter sur la guerre nucléaire et ont fait de nous des « aveugles à l’apocalypse » encore plus aveugles qu’auparavant. (1)


Il est certain qu’Anders fait référence ici à l’accident nucléaire de Three Mile Island qui s’est produit le 28 mars 1979. Nous savons bien aujourd’hui que cet accident aurait pu atteindre le même niveau que les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. En ce sens, le commentaire d’Anders (« les centrales atomiques [...] ont fait de nous des “aveugles à l’apocalypse” encore plus aveugles qu’auparavant ») nous semble assez provocateur, à nous qui sommes devenus témoins oculaires de l’accident de Fukushima. Cependant, ne nous laissons pas tromper par la première impression que ce commentaire nous donne. Car Anders écrit également au début de l’article : « il faut présenter de façon outrancière les objets dont l’importance est minimisée ». (2) Pour Anders, la question du nucléaire était toujours l’un des « objets dont l’importance est minimisée » même après l’essai nucléaire effectué à l’atoll de Bikini en 1954 et l’accident de Three Mile Island en 1979.


Nous sommes presque d’accord avec Anders, car « l’aveuglement face à l’apocalypse » demeure effectif encore aujourd’hui et le fait souligné par le philosophe en 1954 et en 1979 s’applique aussi à la situation actuelle, notamment depuis 2011. Mais, prenant en compte la situation post-Fukushima, nous devrions plutôt réfléchir sur ce qu’Anders n’a pas suffisamment raconté ou n’a pas pu bien raconter. Nous allons donc examiner en quel sens la situation post-Fukushima est symptomatique, en faisant toujours référence aux propos d’Anders sur le nucléaire. Et nous voudrions enfin constater que d’autres catastrophes devraient avoir lieu, à moins que nous n’abandonnions l’arme nucléaire et l’énergie nucléaire.


L’invention du nucléaire a ainsi radicalement transformé le concept même de la « guerre ». Suivant cette réflexion andersienne, nous pourrions également dire que les accidents nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima ont radicalement modifié le concept même d’« accident ».

Au-delà de la volonté libre


La thèse que développe Anders dans son article « Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l’apocalypse » est tout à fait simple et claire : après l’invention de l’arme nucléaire, « la formule : “Tous les hommes sont mortels” a été aujourd’hui remplacée par celle-ci : “L’humanité peut être tuée dans sa totalité” ». (3) Selon Anders, il est impossible d’annuler le risque de l’extinction du genre humain que l’invention de la technologie nucléaire a engendré. Car, comme l’histoire humaine nous le prouve, il est improbable que les hommes se passent de la connaissance qu’ils ont pu acquérir. Puisque les hommes ont toujours déjà leur démarche historique irréversible, il n’y a qu’un seul moyen pour échapper à la mort de « l’humanité dans sa totalité » : celui de retarder sans cesse l’instant même de la catastrophe que l’utilisation des armes nucléaires pourrait causer. Voilà la conclusion pessimiste sur laquelle insiste Anders.


Certes, l’image de la catastrophe de « l’humanité dans sa totalité » par la guerre nucléaire n’est plus forcément nouvelle. Après la crise des missiles de Cuba, beaucoup d’œuvres littéraires et cinématographiques ont traité de la vision apocalyptique et, notamment dans les années 1980, de celle de l’« hiver nucléaire ». Aujourd’hui, alors toutes ces représentations ont complètement transformé l’image de notre réalité, pourquoi et en quel sens devrions-nous prêter attention à l’hypothèse d’Anders ?


Il nous faudrait d’abord bien comprendre qu’Anders ne considère pas la « guerre nucléaire » comme une guerre classique entre des États. Le point fondamental pour le philosophe est que l’apocalypse nucléaire pourrait être déclenchée par des accidents, des erreurs technologiques ou des crises politiques aléatoires, c’est-à-dire par toutes ces causes que l’être humain n’est pas capable de contrôler par sa seule volonté libre (telle que la volonté d’État ou la raison d’État). Puisque « la puissance virtuelle des bombes aujourd’hui stockées est déjà absolue », (4) il est évident que si toutes les armes nucléaires existant sur la Terre étaient utilisées en même temps, le genre humain disparaîtrait dans sa totalité. Et si nous sommes, malgré tout, loin d’approuver une telle réalité, cela vient de « notre aveuglement face à l’apocalypse » déterminé par le système de technologie industrielle. Cependant, maintenant que de longues années se sont déjà écoulées depuis la fin de la guerre froide, nous devrions plutôt faire référence à une autre préoccupation : celle de la « dissuasion nucléaire ».


Lors de la guerre froide, on acceptait l’idée de la « dissuasion nucléaire » comme un argument assez convaincant. Le point notable de cette idée pourrait être résumé de la manière suivante : si quelques États possèdent des armes nucléaires capables de faire disparaître leur ennemi hypothétique, ils seront néanmoins obligés d’éviter la crise de leur extinction mutuelle, de sorte qu’ils s’abstiendront d’utiliser leurs armes nucléaires.


Robert McNamara était un des principaux promoteurs de cette thèse. Comme ministre des Affaires étrangères aux États-Unis, il a annoncé, au début des années 1960, la fameuse doctrine de la « destruction mutuelle assurée (Mutual Assured Destrcution : MAD) ». Selon cette doctrine, la force de dissuasion consiste dans le fait que, même lorsqu’un pays ennemi a commencé à exercer une attaque préventive nucléaire, un autre pays peut détruire cet ennemi par son attaque de représailles avec le reste des forces nucléaires jusqu’à ce que ce dernier ne puisse jamais subsister. Cette doctrine a été qualifiée de « MAD », dans la mesure où elle présuppose l’éventualité de l’extinction mutuelle des pays ennemis, voire celle de l’humanité entière. (5)



Günther Anders ; Crédit d’image : guenther-anders-gesellschaft.org

Il existe certainement, dans le fond de cette doctrine paradoxale, un jugement de valeur tout à fait naïf et optimiste basée sur la confiance sans fondement dans la libre volonté humaine. Autrement dit, la thèse de la « dissuasion nucléaire » s’appuie sur la vision indémontrable d’après laquelle l’homme est capable de se contrôler en réalisant sa propre volonté et en choisissant d’une manière raisonnable ses propres conduites. Il n’y a aucun doute que cette vision est apparue comme insuffisante aux yeux d’Anders, d’autant plus que celui-ci qui a toujours mis en question la volonté inébranlable et le jugement infaillible qui nous permettent de se contrôler soi-même. Bref, l’« apocalypse » pour Anders signifie avant tout la catastrophe imprévisible qui pourrait être provoquée par des crises politiques aléatoires, des erreurs technologiques triviales ou des petites fissures institutionnelles. Et ce point de vue andersien se rapporte profondément et malgré lui aux accidents catastrophiques des centrales nucléaires engendrées par des causes complexes et non anticipées.


L’accident nucléaire n’est comparable qu’à la « guerre »


Dans son article « Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l’apocalypse », Anders compare la Seconde Guerre mondiale à la Troisième Guerre mondiale à venir qui serait une guerre nucléaire. Il constate que ces deux guerres sont fondamentalement différentes, tout en restant dans la même catégorie de la guerre qui vise à « anéantir » l’ennemie. Même si la Seconde Guerre mondiale a été une guerre totale, elle est restée comme une guerre classique que plusieurs États faisaient avec les armes conventionnelles. En revanche, la guerre mondiale à venir amènera une destruction totale de l’humanité et du monde. Après l’invention de l’arme nucléaire, l’humanité entière n’est plus considérée comme l’ensemble des mortels, mais elle « peut être tuée dans sa totalité ». (6) L’invention du nucléaire a ainsi radicalement transformé le concept même de la « guerre ».

Suivant cette réflexion andersienne, nous pourrions également dire que les accidents nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima ont radicalement modifié le concept même d’« accident ». Car s’il arrive un accident catastrophique dans une centrale nucléaire ou dans une installation nucléaire, un vaste terrain sera radioactivement contaminé et deviendra une zone impossible à habiter, et plusieurs dizaines de milles de sinistrés seront exposés au danger de mort. Étant un événement de cette envergure, l’accident nucléaire n’est comparable qu’à une « guerre ». (7)


Si les hommes n’osent pas, malgré tout, abandonner l’énergie nucléaire, c’est à cause de la limite de leur imagination face à la catastrophe nucléaire et de la « méconnaissance » (au sens althussérien du terme) de l’éventualité de l’accident le plus grave.

Prenons comme exemple l’accident nucléaire de Tchernobyl. Premièrement, il existe plusieurs évaluations sévères de l’impact de l’accident de Tchernobyl. Par exemple, Greenpeace évalue les décès par cancer à 93080 dans son étude portant sur le monde entier. Puis, l’Académie des Sciences de New York évalue à 985000 les décès par causes diverses, y compris le cancer dans une étude basée non seulement sur sa propre enquête mais aussi sur son analyse de plus de 5000 articles antérieurs. Enfin, même le Forum sur Tchernobyl évalue les décès par cancer à 4000 dans son étude portant sur 600000 personnes qui ont été hautement irradiées dans les trois principaux pays endommagés par cet accident (la Biélorussie, la Russie et l’Ukraine). Il faut noter que ce Forum sur Tchernobyl, dont l’un des principaux constituants est l’AIEA (Agence Internationale de l’Énergies Atomique), organisation internationale promotrice de l’énergie nucléaire, a tendance de sous-estimer les dommages causés par l’accident nucléaire. En tout cas, ces chiffres concernant les morts dépassent totalement le cadre normal de l’« accident », et atteignent plutôt le niveau de mortalité de la « guerre ». Deuxièmement, à peu près 400000 personnes ont été obligées de quitter la zone gravement contaminée par cet accident, soit 10000 kilomètres carrés. Une telle situation ressemble beaucoup à celle de la guerre qui produit de nombreux réfugiés. Troisièmement, la somme de la perte économique que l’accident de Tchernobyl a provoquée en Biélorussie est jusqu’à 32 fois plus élevée que celle du budget national annuel de cette époque-là (8) On dit que cette énorme perte économique est devenue une des plus grandes causes de l’effondrement de l’URSS. En général, l’accident traditionnel ne peut pas déclencher l’effondrement étatique. Il n’y a que la « guerre » qui peut produire un tel effet gigantesque.


De ce point de vue, nous devrions considérer comme fondamentalement erroné le discours suivant, lequel a été mainte fois repris après l’accident nucléaire de la Centrale Fukushima-Daiichi : « Tandis que personne n’est morte lors de l’accident nucléaire, il existe environ 5000 morts par an à cause des accidents de la circulation. L’abolition des centrales nucléaires n’est donc pas plus nécessaire que celle des voitures ». Il nous faudrait d’abord bien comprendre que c’est seulement à cause de l’accident de la Centrale Fukushima-Daiichi que 154000 habitants du département de Fukushima furent obligés à continuer de se réfugier au mois de mars 2013 (les réfugiés contraints étaient 109000 et les réfugiés volontaires étaient 45000). (9) En effet, il a été rapporté qu’un grand nombre de malades et de personnes âgées perdirent leur vie lors de l’évacuation et que les suicides ne cessèrent d’augmenter parmi ceux qui furent privés de leur terrain et de leur emploi. Jusqu’au mois de mars 2019, « le nombre de personnes décédées suite au tremblement de terre et à l’accident nucléaire » fut estimé à 3723. Cette situation ressemble exactement à celle par laquelle la guerre engendre d’innombrables réfugiés.



Point chaud de ’irradiation à Kashiwa ; Crédit d’image : Wikimedia Commons

Au sujet des maladies à déclenchement tardif, on a découvert beaucoup de cancers infantiles de la thyroïde. Selon les données du mois d’octobre 2019, si l’on comprend les cas douteux, 230 enfants sur 385000, âgés de moins de 18 ans au moment de l’accident de Fukushima, avaient le cancer de la thyroïde, ce qui est environ 100 fois plus que le taux ordinaire. Il faudrait également constater que 115 enfants qui n’avaient eu aucun problème au premier tour du dépistage de la thyroïde pratiqué par le département de Fukushima avaient le cancer de la thyroïde aux deuxième, troisième et quatrième tours. Ces 115 cas nous indiquent très fortement l’influence de l’irradiation. (10) Le gouvernement japonais et le département de Fukushima nient constamment cette influence de l’irradiation mais, déjà en 2014, l’on trouve 40 ou 50 fois plus de cancers infantiles de la thyroïde dans le centre et le sud de Naka-dôri, région gravement contaminée par l’iode radioactif. D’après l’article de Toshihide Tsuda, épidémiologue et médecin critique, cette incidence excessivement élevée du cancer est due à l’irradiation. (11)

Enfin, alors qu’il est évidemment possible d’habiter le lieu où un accident de la circulation a eu lieu, l’accident nucléaire de Fukushima a rendu inhabitable environ 1000 kilomètres carrés de sol autour de la Centrale Fukushima-Daiichi, et a contaminé le 14000 kilomètres carrés du sol de la région environnante, soit jusqu’au niveau de la « zone contrôlée de radiation ». En général, un accident ordinaire ne peut jamais rendre inhabitable un terrain d’une étendue si vaste. C’est seulement la « guerre » qui le peut.

Nous devrions donc affirmer que l’accident nucléaire est fondamentalement différent des accidents traditionnels. L’accident nucléaire n’est comparable qu’à la « guerre », puisqu’il donne la mort aux hommes par les effets immédiats de l’irradiation, mais aussi par les effets tardifs comme le cancer et, en plus, il endommage l’ensemble de la vie quotidienne des sinistrés en rendant inhabitable un territoire d’une grande étendue.

Pourquoi l’accident grave de la centrale nucléaire produit-il une situation si semblable à la guerre ? C’est parce que la technologie sur laquelle se base l’énergie nucléaire est identique à celle de l’arme nucléaire. En effet, un réacteur nucléaire d’un million de kilowatts produit et accumule, par jour, une quantité de substance radioactive correspondant à 3 bombes atomiques du type Hiroshima, à savoir environ 1000 bombes du même type par an. Il n’est pas difficile de présumer que si une telle quantité de substances radioactives est émises suite à un accident grave de la centrale nucléaire, elle donnera aux hommes et à l’environnement autant ou même plus d’impact que celui causé par l’arme nucléaire.


Puisque l’industrie nucléaire est inséparable de l’arme nucléaire, la production d’énergie par la centrale nucléaire implique, dans le fond, celle de l’arme nucléaire. Il est donc impossible de séparer « utilisation pacifique du nucléaire » de son « utilisation militaire »

Référons-nous encore une fois à Anders. Le philosophe remarque que les hommes n’arrivent pas à imaginer l’influence gigantesque de la guerre nucléaire, c’est-à-dire la destruction totale de l’humanité et du monde. Selon lui, cette condition fondamentale vient de certaines limites de l’imagination humaine.


C’est Kant qui nous a appris que notre raison était « limitée » et en quel sens elle l’était. Mais, en général, nous n’avons toujours pas réalisé que notre imagination, que notre cœur — qui passait pour être « débordant », comparé aux facultés dont on pensait qu’elles restaient cantonnées dans d’étroites limites — pouvait lui aussi se révéler limité et incapable de déborder ses propres limites. Manifestement, le cœur est soumis à un destin semblable à celui de la raison ; il s’est vu attribuer une capacité qui, bien qu’élastique, est néanmoins limitée dans son élasticité. Cela vaut, je le répète, non seulement pour l’angoisse mais aussi pour les autres émotions. [...] Face à l’idée de l’apocalypse, notre âme déclare forfait. Dans ces conditions, l’idée de l’apocalypse n’est plus pour nous qu’un simple mot. (12)


Tandis que Kant nous apprend que notre raison est limitée, Anders insiste sur le fait que notre imagination l’est tout autant. Nous ne sommes pas capables d’imaginer ou de prévoir l’« apocalypse nucléaire », laquelle est la conséquence probable de la guerre nucléaire, à savoir la destruction de l’humanité dans sa totalité. C’est la raison, dit-il, pour laquelle le genre humain ne se décide pas à abandonner l’arme nucléaire.

Prenant en compte cette réflexion andersienne, nous voudrions constater que les hommes ne peuvent pas imaginer la conséquence catastrophique de l’accident nucléaire. Une fois qu’il est arrivé un accident grave à la centrale nucléaire, un vaste terrain devient inhabitable et plusieurs milliers d’habitants s’exposent au danger de la mort. Si les hommes n’osent pas, malgré tout, abandonner l’énergie nucléaire, c’est à cause de la limite de leur imagination face à la catastrophe nucléaire et de la « méconnaissance » (au sens althussérien du terme) de l’éventualité de l’accident le plus grave. (13)

La « méconnaissance » de l’éventualité de l’accident vient non seulement de la limite de l’imagination humaine, mais aussi de l’idéologie de « sécurité » produite par l’État et le capital. Ayant besoin du système de production massive de l’énergie pour le développement économique, l’État et le capital ont tendance à cacher l’éventualité de l’accident nucléaire et son effet catastrophique. Par exemple, d’après le rapport Rasmussen publié en 1975 par la CNR (la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis), la probabilité d’un accident nucléaire causant une grande mortalité est estimée à une fois par 100 mille ans ou à une fois par 1 million d’années. Cette estimation a beaucoup contribué à l’idéologie de « sécurité », en diffusant dans l’opinion publique l’expression suivante : le plus grave accident nucléaire est autant probable que la possibilité qu’« un météorite tombe sur le Yankee Stadium de New York ».

En revanche, selon l’évaluation de la probabilité de survenue d’un accident nucléaire révisée par la CNR après l’accident de Three Mile Island, la probabilité de d’un accident nucléaire grave est évaluée à une fois par 4000 années de vie d’un réacteur. Si l’on considère qu’environ 400 réacteurs nucléaires fonctionnent dans le monde entier, il nous faudrait donc supposer la possibilité d’un accident grave tous les dix ans. (14) Cette évaluation semble empiriquement juste, si nous nous rappelons les trois accidents graves successivement survenues : Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011. Ainsi devrions-nous désormais prévoir un accident nucléaire grave tous les dix ans. Pour éviter ces accidents à venir, il n’y a pas d’autre moyen que de choisir la sortie du nucléaire, en dépassant la limite de notre imagination et en résistant à l’idéologie de « sécurité » produite par l’État et le capital.


Notre réflexion ci-dessus nous ramène à la problématique du post-Fukushima. Nous voudrions interpréter à nouveau la philosophie d’Anders, à la lumière cette fois de l’accident de Fukushima. Car c’est bien l’accident nucléaire de Fukushima-Daiichi qui a dévoilé la similitude entre l’énergie nucléaire et l’arme nucléaire.


L’énergie nucléaire et l’arme nucléaire


Il nous faut encore souligner le fait que les radionucléides produits dans les centrales nucléaires peuvent se convertir en armes nucléaires et en armes radiologiques. Si l’on se base sur cette réalité inébranlable, nous pouvons facilement comprendre que c’est une grande erreur de considérer la centrale nucléaire par le seul point de vue de « l’utilisation pacifique du nucléaire ». Puisque l’industrie nucléaire est inséparable de l’arme nucléaire, la production d’énergie par la centrale nucléaire implique, dans le fond, celle de l’arme nucléaire. Il est donc impossible de séparer « utilisation pacifique du nucléaire » de son « utilisation militaire », et il n’existe que la distinction entre « utilisation du nucléaire en temps normal » et son « utilisation en temps de guerre ». Au Japon, cette perspective a été signalée bien avant l’accident de Fukushima par les scientifiques critiques comme Jinzaburo Takagi et Hiroaki Koide, (15) mais leurs témoignages ont été soit négligés soit regardés comme des tabous par le public. C’est donc après l’accident de la Centrale Fukushima-Daiichi qu’on a commencé à reconnaître l’inséparabilité entre l’énergie nucléaire et l’arme nucléaire.



Chernobyl ; Crédit d’image : Wikimedia Commons

Le fait que l’arme nucléaire et l’énergie nucléaire soient ontologiquement et technologiquement identiques (16) est apparu telle une évidence au moment de l’accident de la Centrale Fukushima-Daiichi : lors de cet accident, une grande quantité de substances radioactives comme l’iode, le césium, le strontium et le plutonium a été émise par l’explosion successive de trois réacteurs nucléaires. Dans la mesure où ces substances radioactives sont identiques à celles de l’arme nucléaire, il n’y a aucune différence entre la contamination par l’accident de la centrale nucléaire et celle par l’explosion de l’arme nucléaire. Faisant face à cette réalité, nous ne pouvons plus continuer à dépendre de l’énergie nucléaire comme si la situation actuelle était la même qu’avant l’accident de Fukushima.


Nous interdire l’incantation : « C’est impossible »


Pour dépasser les limites de notre imagination et les mécanismes de notre méconnaissance, nous voudrions proposer une méthode toute simple. Il s’agit de nous interdire l’incantation suivante : « il est impossible que la prochaine catastrophe nucléaire arrive ». Envisageant le processus de l’accident nucléaire de Fukushima que nous venons de voir, il est désormais impossible de dire que « c’est impossible » comme s’il s’agissait d’une supposition déraisonnable de catastrophe. Il nous est plutôt nécessaire d’étudier sérieusement la probabilité des deux catastrophes, à savoir celle d’un autre accident d’une centrale nucléaire et celle d’une guerre nucléaire.

Entendons d’abord que l’éventualité de la prochaine catastrophe ne se bornera pas au Japon, sachant pourtant que les centrales japonaises demeurent dans l’état le plus critique. Le fait que le Japon ne change fondamentalement pas d’attitude, c’est-à-dire qu’il nie toujours cette éventualité, se révèle d’une manière symptomatique à travers le discours obstinément diffusé juste après l’accident de Fukushima, soit, par exemple : « c’est un accident inattendu causé par un grand tsunami qui ne peut survenir qu’une fois par mille ans ». Ce discours comporte trois erreurs, voire trois mensonges : premièrement, la TEPCO n’a pas pris en compte en 1966, lors de sa demande d’autorisation de l’établissement de la Centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, le niveau d’eau du tsunami dans le séisme du Chili en 1960 (3.122 mètres) (alors que le tsunami du 11 mars 2011 est monté à 15 mètres) ; (17) deuxièmement, il est fort probable que la Centrale Fukushima-Daiichi a été déjà détruite par le tremblement de terre avant l’arrivée du tsunami ; (18) troisièmement, on ignore le fait que même les plus graves accidents nucléaires comme Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima surviennent une fois tous les dix ans ou vingt ans. En outre, le gouvernement japonais a confirmé sa décision de redémarrer les réacteurs nucléaires dans le pays et il a même essayé d’exporter la technologie de l’énergie nucléaire au Viêt-Nam, en Jordanie et en Turquie. Ce comportement scandaleux du gouvernement japonais témoigne d’une attitude qui tente à nier l’expérience du désastre du tremblement de terre et de l’accident de la centrale nucléaire.


Il faut donc regarder en face les limites de notre propre imagination, résister à notre tendance à méconnaitre des faits, nous interdire l’incantation du « c’est impossible », et nous destiner à abandonner l’ensemble du nucléaire.

Or, au sujet de l’éventualité de la guerre nucléaire, nous pourrions dire que « notre aveuglement » est beaucoup plus grave. Rappelons-nous que ce n’est pas de l’image toute simple de la « guerre nucléaire » causée par le conflit de volontés, de calculs et de stratégies des États qu’Anders s’inquiétait (car si on s’appuie sur la volonté d’État et la raison d’Etat, on pourrait faire fonctionner la « dissuasion nucléaire »). Le philosophe essayait sans cesse de voir au-delà des catégories de « volonté d’État » et de « raison d’État ». Selon lui, ce sont plutôt des crises politiques aléatoires, des erreurs technologiques ou des fautes humaines qui peuvent éventuellement occasionner une chaîne d’attaques nucléaires incontrôlées. Comme nous l’avons remarqué, il est impossible de réfuter le fait que la Terre est encore remplie d’armes nucléaires capables de détruire l’humanité dans sa totalité. Une grands quantité d’armes nucléaires ayant été produites dans la course aux armements durant la Guerre froide continuent à subsister en tant qu’héritage négatif et, même aujourd’hui, certains pays tentent à nouveau de posséder des armes nucléaires.


En effet, l’hostilité récente entre le gouvernement Trump aux États-Unis et le gouvernement Kim Jong-Un en Corée du Nord autour de l’armement nucléaire a conduit en Asie de l’Est à une crise de la guerre nucléaire. Même si les États s’abstiennent d’employer les armes nucléaires, on ne peut pas écarter l’hypothèse d’attentat par un groupe terroriste qui utilise une quelconque arme nucléaire en se faufilant à travers la surveillance étatique. En outre, les informations confidentielles des États-Unis publiées en 2013 nous démontrent une réalité notable. Car tous ces documents administratifs rapportaient le nombre de chutes accidentelles de missiles dans le territoire même des États-Unis depuis le premier accident de 1961 où la bombe à hydrogène tombée du bombardier B52 avait failli exploser. (19) Enfin, les anciens ingénieurs de l’armée américaine ont témoigné au mois de mars 2015 que, lors de la crise de Cuba en 1962, les troupes d’Okinawa équipées de missiles avaient reçu un ordre, donné en réalité par erreur, d’effectuer une attaque nucléaire en Extrême-Orient soviétique et que le lancement des missiles avait été évité par la décision même des leaders de ces troupes. (20)


Tous ces faits démontrent bien que, bien qu’un système puisse être construit avec précision, aucun être humain opérateur de ce système n’est constamment exonéré d’erreurs, de malentendus et de déviations. Nos jugements et nos actions comprennent toujours, et en eux-mêmes, des crises, des excès ou des fentes qui sont hors du contrôle de la raison et de la volonté. En effet, les penseurs comme Anders qui ont critiqué le nucléaire se sont préoccupés de la faillibilité de nos jugements, de l’incontrôlabilité de nos actions et du désordre de nos systèmes.


Il faut donc regarder en face les limites de notre propre imagination, résister à notre tendance à méconnaitre des faits, nous interdire l’incantation du « c’est impossible », et nous destiner à abandonner l’ensemble du nucléaire. Pour surmonter notre aveuglement face à l’apocalypse nucléaire, il n’y a pas d’autre moyen que d’effectuer tout cela. À moins que nous n’éliminions de notre Terre toutes les armes nucléaires et toutes les centrales nucléaires, la vision apocalyptique d’Anders nous lance toujours cet ultimatum.


L’aggravation de notre aveuglement face à l’apocalypse nucléaire


Comme nous l’avons noté au début de cet article, Anders avait remarqué en 1979, année de l’accident nucléaire de Three Mile Island, que l’aveuglement humain face à l’apocalypse nucléaire s’était aggravé. S’il vivait aujourd’hui, le philosophe indiquerait que cet aveuglement s’est aggravé davantage. En effet, non seulement les trois réacteurs ayant explosé à la Centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi restent toujours hors du contrôle, non seulement personne ne connaît ni l’état actuel des combustibles nucléaires ni l’état à venir de la contamination radioactive, mais, de plus, personne ne sait comment éviter davantage de contamination. Face à cette situation sans précédent, ceux qui prétendent qu’il n’arrivera jamais une prochaine catastrophe sont comme ceux qui s’avouent idiots. Faisant référence à la pensée d’Anders et revenant sur l’histoire du Japon d’après-guerre, on s’aperçoit que les gouvernants japonais avaient clairement exprimé le désir de posséder une arme nucléaire. Par exemple, Nobusuke Kishi, ancien premier ministre (mandat : 1957-60), écrit dans son mémoire publié en 1983, en se souvenant de sa visite à l’Institut de recherche de l’énergie nucléaire au village de Tokai (dans le département d’Ibaraki) en 1958 :


La technologie nucléaire elle-même peut être utilisée aussi bien pour la paix que pour la force militaire. C’est la politique d’État ou sa volonté dont dépend la décision entre ces deux choix. Puisque la volonté d’État et de nation est ici déterminée à ne jamais utiliser le nucléaire pour la force militaire, le Japon ne l’utilise qu’à des fins pacifiques. Cependant, à mesure que la technologie nucléaire utilisée pour une fin pacifique se développe, la possibilité de sa conversion vers une fin militaire devient nécessairement plus grande. Le Japon ne possède pas encore aujourd’hui d’arme nucléaire. Mais, en augmentant son potentiel de posséder une arme nucléaire, il peut exercer une grande influence sur la société internationale en matière de désarmement nucléaire ou d’interdiction des essais nucléaires, etc. (21)


Bref, l’« apocalypse » pour Anders signifie avant tout la catastrophe imprévisible qui pourrait être provoquée par des crises politiques aléatoires, des erreurs technologiques triviales ou des petites fissures institutionnelles.

Ce témoignage nous apprend qu’il est irréaliste de séparer l’« utilisation pacifique du nucléaire » de son « utilisation militaire ». Pour Nobusuke Kishi, promouvoir la production de l’énergie nucléaire relève de la volonté d’un État d’augmenter son potentiel de posséder l’arme nucléaire. Bref, ces deux modes d’emploi du nucléaire ne sont que les deux ailes indispensables de la politique étatique vouée à gérer, voire à contrôler l’équilibre des pouvoirs internationaux. Il est à noter que Kishi a porté ce témoignage en 1983. Le fait qu’un ancien premier ministre n’ait pas caché son désir de posséder des armes nucléaires à l’époque où les accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl ont eu lieu nous apparaît tout à fait symptomatique. Car nous pouvons y trouver manifestement l’aggravation de « l’aveuglement face à l’apocalypse » dont Anders s’était tant inquiété.


Il est par-dessus tout nécessaire de prêter attention au fait que nombre de politiciens mentionnent l’« armement nucléaire » même après l’accident de la Centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Nous constatons alors que, au Japon, « l’aveuglement face à l’apocalypse nucléaire » s’aggrave visiblement dans la mesure où il suppose une attaque nucléaire à d’autres États malgré son incapacité de contrôler une centrale nucléaire sur son propre territoire. Notre conclusion est donc simple et claire : il nous faut tenir compte de la réflexion d’Anders pour regarder en face la situation politique et sociale post-Fukushima, laquelle est sous l’emprise de l’« aveuglement face à l’apocalypse », et il nous faut surtout abandonner la totalité du nucléaire, à la fois l’arme nucléaire et l’énergie nucléaire. À moins d’abolir le nucléaire dans sa totalité, la vision apocalyptique d’Anders ne cessera de nous hanter tel un risque réel et possible.





NOTES


1. Günther Anders, Die Antiquiertheit des Menschen, Bd. I: Über die Seele im Zeitalter der zweiten industriellen Revolution, C. H. Beck, 1956, p. VIII; L’Obsolescence de l’homme : Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, trad. fr., Éditions Ivrea / Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2002, p. 12.


2. Ibid., S. 235; trad. fr., p. 261.


3. Ibid., p. 242; trad. fr., p. 269.


4. Ibid., p. 250; trad. fr., p. 278.


5. Cf. Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé : Quand l’impossible est certain, Seuil, 2002, ch. 12 « Rationalité du catastrophisme ».


6. Die Antiquiertheit des Menschen, Bd. I, p. 242; L’Obsolescence de l’homme, trad. fr., p. 269


7. Cette perspective a été partagée dans la « bande des six de Kumatori », six scientifiques critiques de l’Institut de recherche sur les réacteurs nucléaires de l’Université de Kyoto. Voir par exemple, Ken Seo, Genpatsu-jiko...sonotoki anata-wa ? (Qu’est-ce que vous ferez lors de l’accident de la centrale nucléaire ?), Fuubai-sha, 1995, p. 10


8. Tetsuji Imanaka, « Chernobyl genpatsu-jiko no “shisha no kazu” to sôzô-ryoku (“Le nombre des morts” de l’accident nucléaire de Tchernobyl et notre imagination) », Kagaku, vol. 76, no. 5, Iwanami-shoten, 2006


9. Ministère de l’Environnement, Heisei 25 nendo-ban Kankyo Hakusho (Rapport annuel sur l’environnement 2013), 2013. https://www.env.go.jp/policy/hakusyo/h25/html/hj13010101.html


10. OurPlanet-TV, le 4 octobre 2019, http://www.ourplanet-tv.org/?q=node/2440


11. (1) Cf., Toshihide Tsuda, Akiko Tokinobu, Eiji Yamamoto, Etsuji Suzuki, « Thyroid Cancer Detection by Ultrasound Among Residents Age 18 Years and Younger in Fukushima, Japan: 2011 to 2014 », in Epidemiology, vol. 27, no. 3, 2015.


12. Die Antiquiertheit des Menschen, Bd. I, pp. 268-269; L’obsolescence de l’homme, trad. fr. pp. 299-300.


13. Sur le mécanisme de la « méconnaissance », nous nous référons à la théorie de l’idéologie chez Louis Althusser : « Idéologie et appareils idéologiques d’État », in Sur la reproduction, PUF, 1995.


14. Jinzaburo Takagi, Kyodai-jiko no jidai (L’age des grands accidents), Kôbun-dô, 1989, pp. 161-163.


15. Au sujet des idées de « utilisation du nucléaire en temps normal » et de son « utilisation en temps de guerre », nous nous référons à l’article de Hiroaki Koide : « Shinkoku-ka suru kaku-genshiryoku no kiki (La crise du nucléaire s’aggrave) », Kagaku, Shakaî, Ningen, vol. 98, 2006.


16. Dans l’article suivant, nous avons développé cette identité entre l’arme nucléaire et l’énergie nucléaire de manière plus détaillée : Yoshiyuki SATO, « Quelle philosophie est possible après Fukushima ? », Revue de MAUSS permanente, 2014. http://www.journaldumauss.net/?Quelle-philosophie-est-possible


17. Takashi Soeda, Genpatsu to ôtsunami : keikoku wo hômutta hitobito (La centrale nucléaire et le grand tsunami : l’avertissement avait été ignoré et caché), Iwanami-shoten, 2014, p. 10.


18. Cf. Mitsuhiko Tanaka, « Genpatsu de nani ga okitaka (Qu’est-ce qui s’est passé à la centrale nucléaire) », Katsuhiko Ishibashi, ed., Genpatsu wo owaraseru (Pour mettre fin à l’énergie nucléaire), Iwanami-shoten, 2011


19. Ed Pilkington, « US nearly detonated atomic bomb over North Carolina », The Guardian, le 20 septembre 2013


20. « Reisen-ka, Bei-Okinawa butai ni kaku-kôgeki meirei : moto-beigun-gishira shôgen (Les anciens ingénieurs de l’armée américaine témoignent que durant la Guerre froide, les troupes d’Okinawa ont reçu un ordre d’effectuer une attaque nucléaire) », Tokyo Shimbun, le 14 mars 2015.


21. Nobusuke Kishi, Kishi Nobusuke Kaiko-roku (Le mémoire de Nobusuke Kishi), Kôsaidô-shuppan, 1983, pp. 395-396 ; cité dans Yoshitaka Yamamoto, Fukushima Genpatsu-jiko wo megutte (Autour de l’accident de la Centrale nucléaire de Fukushima), Misuzu-shobô, 2011, pp. 8-9.



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