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Interview

La philosophie dans les institutions – Jean-Luc Nancy et la critique de la pensée

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2 February 2026

La philosophie dans les institutions – Jean-Luc Nancy et la critique de la pensée
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Nancy à Cerisy, 1994; crédite photo : image reçu.

Dans l’entretien avec Martta Heikkilä à Helsinki le 14 avril 2010, Jean-Luc Nancy parle de l’état actuel de la philosophie française et sur son enseignement à l’époch. La France a longtemps été considérée comme l’un des centres majeurs de la pensée, où perdure une tradition de discussion philosophique et sociale issue à la fois de la philosophie classique et des événements de 1968. Quelle est alors la place de la philosophie aujourd’hui ? Dans le système scolaire français, la philosophie s’inscrit dans une tradition pluriséculaire que Nancy constate aujourd’hui affaiblie et les inégalités sociales dans l’étude de la philosophie se sont accrues.

En avril 2010, Jean-Luc Nancy s’est rendu à Helsinki pour la première fois. Sa visite comprenait une conférence publique en anglais, intitulée « Body as Theater », prononcée au Musée d’art contemporain Kiasma d’Helsinki. Cet article intitulé « Corps-théâtre » a été publié par la suite en français dans le livre Demande : Littérature et philosophie (2015). (1) À l’occasion de cette visite, j’ai eu l’opportunité d’interviewer Nancy sur l’état actuel de la philosophie française et sur son enseignement. 


Quelle est alors la place de la philosophie aujourd’hui ? La France a longtemps été considérée comme l’un des centres majeurs de la pensée, où perdure une tradition de discussion philosophique et sociale issue à la fois de la philosophie classique et des événements de 1968. Dans les écoles et les universités françaises, l’enseignement de la philosophie occupe depuis longtemps une position centrale. Conçu pour former des « citoyens éclairés », cet enseignement trouve ses origines dans les collèges jésuites du XVIIIᵉ siècle ; puis, sur ordre de Napoléon Ier, l’étude de la philosophie est devenue obligatoire dans les collèges et les lycées à partir des années 1810. Cette tradition pédagogique s’est poursuivie jusqu’à l’époque contemporaine.


Lorsque j’ai interrogé Nancy sur l’état actuel de la philosophie dans les universités françaises, il a décrit la situation comme « catastrophique ». Selon lui, toutefois, cette catastrophe ne se limite pas à la France, mais concerne l’ensemble du monde occidental. Il a par ailleurs souligné que l’enseignement de la philosophie ne se cantonne pas aux seuls départements de philosophie, mais qu’elle est également dispensée dans d’autres disciplines – par exemple dans les sciences des médias en Allemagne et dans divers domaines des sciences sociales et humaines aux États-Unis. Le revers de cette extension de la philosophie à différents champs disciplinaires peut cependant être que, sous le nom de philosophie, on enseigne des contenus qui ne sont que faiblement liés à sa tradition.


Dans le système scolaire français, la philosophie s’inscrit dans une tradition pluriséculaire que Nancy constate aujourd’hui affaiblie. « De ce fait, l’enseignement de la philosophie au lycée est très menacé depuis longtemps », affirme-t-il, tout en ajoutant que « les gouvernements successifs en France en sont parfaitement conscients ». Le changement par rapport à la situation antérieure se manifeste notamment par la réduction significative des enseignements consacrés à la philosophie antérieure à Hegel. Autrefois, selon Nancy, l’enseignement scolaire de la philosophie en France était « peut-être le plus élitiste de toute l’Europe » et mettait l’accent sur l’apprentissage de l’attitude critique ainsi que sur les concepts fondamentaux de la métaphysique. Cette tradition d’un enseignement fortement centré sur l’histoire de la philosophie ne subsiste désormais que dans quelques lycées d’élite parisiens.


Selon Nancy, les inégalités sociales dans l’étude de la philosophie se sont accrues. « Il s’est produit un écart croissant entre cette philosophie qui en fait appartenait à un gros bloc de culture européenne », explique-t-il. La philosophie – entendue comme « l’enseignement de l’esprit critique et l’apprentissage des grandes notions » – en est venue à une situation où certains élèves ne maîtrisent pas suffisamment le français pour écrire correctement ni pour lire les textes philosophiques anciens. « S’ils ne peuvent pas lire Rousseau à cause de l’âge de la langue, ils ne peuvent même pas lire Merleau-Ponty : qu’est-ce qu’ils peuvent lire ? », s’interroge Nancy.


L’aggravation de cette évolution ne touche toutefois pas seulement la philosophie, mais également l’enseignement de la littérature. « Tout le monde est là pour hurler au meurtre de la culture. Or, le meurtre de la culture a lieu précisément là, dans ces enseignements qui ne riment à rien », affirme Nancy. Sa vision de la carrière universitaire en philosophie est sombre : selon lui, elle est aujourd’hui dépourvue d’avenir. « En France, l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur ont toujours été très liés du point de vue de la philosophie et de la littérature ; mais si ce lien se défait aujourd’hui, cela installe une forme de morosité dans les universités. »


Autrefois, la situation était différente. Selon Nancy, la période la plus féconde de la philosophie française fut « la parenthèse enchantée de la sexualité », autrement dit les vingt années « entre l’invention de la pilule et le sida ». Dans plusieurs entretiens, il a qualifié les événements sociaux de 1968 – cette « année folle » de l’Europe – de décisifs pour sa pensée : l’agitation sociale a alors révélé la crise qui traversait les institutions établies et leurs structures. Cette période a conduit de nombreux philosophes à s’engager davantage et à redéfinir leur rapport à des notions telles que l’humanisme et la démocratie.


Nancy observe toutefois qu’aucun des philosophes les plus en vue de sa génération – Alain Badiou, Jacques Rancière, Étienne Balibar, Jean-Luc Marion ou Jean-François Courtine –  n’est parvenu à instaurer, au sein de son université, une véritable tradition de pensée propre. Pour autant, la philosophie n’a pas disparu : elle continue de vivre dans les livres et, désormais, en dehors de Paris, dans d’autres lieux. Elle n’est plus l’apanage exclusif des philosophes, mais est devenue « une scène multiple où les philosophes sont invités à parler par les artistes, parfois par les religieux, même par les gens qui font de l’action sociale », constate-t-il.


Les transformations de la formation philosophique sont liées à la mutation de l’ensemble de la culture française au cours des dernières décennies. L’abandon d’une philosophie fondée sur des présupposés anciens se manifeste ainsi non seulement dans les conceptions théoriques, mais aussi à un niveau plus pratique. La question de l’état de la philosophie et de son rapport à l’éducation et à l’enseignement a suscité de vastes débats en France ces dernières années, comme en témoignent notamment les ouvrages L’Université sans condition (2001) (2) de Jacques Derrida et Prendre soin : De la jeunesse et des générations (2008) (3) de Bernard Stiegler. Dans ce dernier, Stiegler s’en prend à l’affaiblissement de la capacité de pensée critique des jeunes, pris dans la spirale des besoins créés par les dispositifs marchands et par leur satisfaction immédiate. Pour Derrida, l’idée de l’université est intimement liée au concept de déconstruction, puisque la déconstruction possède un droit absolu de poser des questions critiques à la fois de manière affirmative et performative, par exemple en écrivant et en produisant des textes. S’engager dans cette entreprise signifie qu’il n’y a pas de retour vers ce qui est déjà connu ; l’avenir implique avant tout de prendre des risques – un espace de possibilité inconditionnelle qui, selon Derrida comme selon Nancy, constitue le fondement de la démocratie.


Martta Heikkilä: Alors, j’ai quelques questions pour une revue finlandaise qui s’appelle [dans sa traduction française] Études culturelles. J’ai pensé à quelques questions qui pourraient intéresser les lecteurs de cette revue. Premièrement, je voudrais vous demander une question sur la situation de la philosophie en France ou dans toute l’Europe aujourd’hui. Qu’est-ce que vous en pensez ?


Jean-Luc Nancy: Moi, je pense, si je réponds très franchement, je pense que la situation de la philosophie universitaire est catastrophique, en termes universitaires. Je crois qu’il faut le dire, vraiment, elle est catastrophique partout, je crois en tous les pays d’Europe. C’est-à-dire que la philosophie universitaire n’est plus nulle part, sauf à quelques endroits, bien sûr,.. il y a toujours quelques personnes, ici ou là, qui font vivre des foyers. Quelquefois d’ailleurs, ce n’est pas dans les départements de philosophie. Par exemple en Allemagne il y a des départements de “Medienwissenschaft” dans lesquels se fait un travail vraiment philosophique; comme en Amérique, ça arrive dans les départements de “Humanities”.


Mais globalement, il y a une sorte de dessèchement de la philosophie universitaire qui est du... alors, c’est difficile de dire exactement à quoi, parce que du point de vue français, il y a des causes assez précises qui sont liées à l’enseignement français. Parce que dans l’enseignement français nous avons, vous savez, une classe terminale de philosophie qui est devenue totalement incompatible avec la grande démocratisation du lycée. Donc on est dans une situation d’hypocrisie totale.


Nancy à Helsinki, 2010 ; crédite photo : Martta Heikkila
Nancy à Helsinki, 2010 ; crédite photo : Martta Heikkila

On dit philosophie, enseignement de l’esprit critique, apprentissage des grandes notions, et on a des élèves qui ne savent pas écrire français, qui ne peuvent pas lire les textes philosophiques, déjà les textes un peu anciens, ils ne peuvent pas lire, ils ne peuvent pas lire Rousseau, à cause de l’âge de la langue, ils ne peuvent même pas lire Merleau-Ponty, qu’est-ce qu’ils peuvent lire ?


Et ça, je ne le dis pas du tout, pas du tout dans l’esprit de tellement, tellement français, de l’élite universitaire française qui pleure et qui pleure depuis 40 ans sur la fin des études classiques. Je dis parce que, au contraire, notre enseignement, qui était, je crois, l’enseignement le plus élitiste peut-être de toute l’Europe..., cet enseignement, on n’a pas su du tout l’adapter au monde nouveau. Et alors on a créé une situation vraiment, on peut dire, monstrueuse. Mais ce n’est pas seulement avec la philosophie, parce que pour la littérature, c’est pareil. Alors, de ce fait, l’enseignement de la philosophie au lycée est très menacé depuis très longtemps.


Il y a maintenant, je pense, 30 ans, plus de 30 ans, avec Derrida et quelques autres, on avait fondé le GREPH, le Groupe de Réflexion (4) sur l’Enseignement Philosophique. Ça n’a eu aucun résultat. C’est resté lettre morte.


Parce que je crois que nous-mêmes, nous ne nous rendions pas compte qu’il aurait fallu tout repenser. Il ne suffisait pas de dire il faut faire de la philo avant la terminale, il aurait fallu inventer une nouvelle discipline, une nouvelle forme, je ne sais même pas laquelle aujourd’hui. Donc, l’enseignement de philosophie en terminale, c’est devenu impossible. 


Sauf parce que ça va aussi avec une ségrégation sociale croissante, c’est normal qui fait qu’il y a bien sûr des lycées qui sont des lycées d’élite dans certains quartiers, etc. Bien sûr, l’enseignement de philosophie en classe terminale à Louis le Grand ou à Henri IV à Paris, je prends les deux, mais là ça va très bien, c’est de très bons élèves, mais même l’enseignement de philosophie à Strasbourg où ma femme enseigne dans ce qui était autrefois le grand lycée classique de la ville, … Je vois les copies de ces élèves. Au fond, des élèves passent une année et rien ne se passe. Ils entendent des choses, ça passe. Bon, puis alors... 


Alors, donc, comme en même temps, les gouvernements successifs de la France sont très conscients de ça depuis longtemps, et donc je ne veux pas défendre maintenant les gouvernements, mais je veux dire, ce n’est pas par hasard. Si tous les gouvernements français, de gauche ou de droite, depuis 30 ans, cherchent à... sinon à supprimer, du moins à réformer, mais beaucoup, l’enseignement de la philosophie, c’est parce qu’ils savent qu’il y a... Alors la résistance est énorme, parce que la résistance de, encore une fois, l’élite française, vous voyez, alors là c’est l’université, l’académie, tout le monde est là pour hurler au meurtre de la culture. Or, le meurtre de la culture, il a lieu là, dans ces enseignements qui ne riment à rien. 


Mais du coup, le..devenir professeur de philosophie n’est plus du tout un idéal pour un jeune aujourd’hui. Plus du tout. Il y en a quelques-uns. Et puis souvent maintenant, j’ai vu encore quand j’enseignais, j’ai vu des étudiants qui devenaient professeurs de philosophie. Parce qu’ils avaient déjà fait de la philosophie, ils se pensent à leur plaisir, et puis ils cherchaient à devenir professeurs le plus vite possible, donc avec les études les plus courtes.


Lorsqu’il y avait deux systèmes de concours, [ils] prenaient le système le plus rapide, et on peut dire, il y a comme ça des jeunes professeurs de philosophie qui ne sont pas très bien formés. Ah oui ? Ah oui. Donc c’est ça. Alors comme en France, l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur avaient toujours été très liés du point de vue de la philosophie, de la littérature, alors maintenant si ce lien se défait, et... Et ça met de la morosité dans les universités, comme d’autre part, la voie de la recherche est sans avenir. Parce qu’en France, alors, si vous faites un doctorat, bon, et après, rien. Vous n’aurez pas une place à l’université avec le doctorat si vous n’avez pas passé l’agrégation, qui est le concours pour enseigner au lycée. Vous voyez, vous faites ce principe. Non.


Mais la situation française est peut-être trop particulière, alors j’arrête là, mais je pense qu’elle est quand même significative, parce que, d’autre part, tout ça vient du fait qu’il s’est produit une sorte d’écart, comme ça, entre la philosophie pensée pour l’école et l’université, qui est une philosophie sur la base de l’histoire de la philosophie, bien que l’enseignement de la classe terminale ne doit pas être historique en France. C’est même un peu aberrant : c’est interdit de faire de l’histoire de la philosophie, alors qu’en Italie, ils ont trois années de philosophie qui sont entièrement historiques – mais en Italie, on apprend par cœur. D’abord par cœur, et on récite par cœur : “Giordano Bruno, il a dit ça et ça”, et puis “Schelling, il a dit ça et ça”. 


Alors, l’enquête d’Italie, ça va pas mieux pour ça et c’était et bien donc s’est produit un écart croissant entre cette philosophie hérité de tout le 19ème siècle, qui avait quand même de grands repères, Platon, Descartes, Kant, pas trop, mais quand même. D’ailleurs, souvent, une philosophie qui s’arrêtait avant Hegel. On n’en sait pas grand-chose, mais après Hegel, où bien rares étaient les professeurs de lycée qui connaissaient Hegel. Moi, quand j’étais en classe terminale de philosophie, ça veut dire en 1955, je pense, oui, on ne m’apprenait pas Hegel. Enfin, on m’apprenait un peu Sartre. Donc, j’avais un très bon prof de philosophie, mais… Mais il disait que la métaphysique, ce n’était pas intéressant. 


Alors, il s’est produit un écart croissant entre cette philosophie qui en fait appartenait à un gros bloc de culture européenne, et qui d’ailleurs avait varié quelquefois entre... Il y a des moments où c’était restreint à la logique et à la morale, dans les périodes les plus autoritaires du 19ème siècle en France, on a tout réduit à logique et morale, morale voulant dire la bonne morale, et entre ça et l’invention philosophique, la recherche philosophique qui elle a, comme vous savez, qui s’est... qui s’est éveillé très fortement en Allemagne et en France avant la guerre déjà, Husserl, Heidegger, etc. Et puis tout ce que ça a ensuite produit en France. Mais ça, en fait, ça s’est complètement écarté. 


Il y a eu seulement un petit moment... Mais c’est mon moment d’ailleurs, je trouve que c’est terrible, je suis obligé de raconter mon histoire universitaire comme ça, j’ai été dans la parenthèse heureuse dans laquelle on pouvait être à l’université et faire ce genre de choses, et être... voilà, parler de Heidegger et de Derrida et de Deleuze et tout ce qu’on voulait. Mais c’est vraiment la parenthèse enchantée comme ce qu’on dit, vous savez, des années entre l’invention de la pilule et le SIDA. Alors on dit que c’est la parenthèse enchantée de la sexualité. Et bien c’est un peu la même chose pour... 20 ans. 20 ans. Oui.


Oui, pour moi, c’est l’université de 68, je suis entré à l’université en 68, de 68 jusqu’à 88. Ah oui, c’est à peu près exactement ça. Parce que, alors ce n’est pas les mêmes 20 ans que ceux de la sexualité qui sont avant, mais, enfin, qui sont décalés par rapport à ça, mais depuis, ce qui était tout le côté  de l’innovation et tout, et bien il n’est pas resté à l’université. Maintenant, tous mes amis philosophes, d’abord, ou bien ils sont retraités comme moi, ou bien ils sont morts, ou s’ils n’étaient pas morts, ils seraient retraités, mais ce n’est pas la question d’être retraités, c’est qu’aucun, aucun n’a pu installer une continuité dans son université. Aucun. Ni Badiou, ni Rancière, ni Balibar, ni... Alors, on peut dire qu’il y a un endroit, à Paris 4, bien sûr, où il y a sans doute les meilleurs... certains des meilleurs philosophes actuellement en France, Marion, Courtine, qui sont plus jeunes, donc qui ne sont pas encore à la retraite, mais enfin, ils sont plutôt jeunes, et d’autres gens plus jeunes, mais bon...


Mais dans cet écart, la philosophie vivante, elle est passée ailleurs. Alors elle est ailleurs, elle n’est pas morte, elle est très vivante, mais elle est dans les livres, dans les échanges, dans le... Et ce qui est très significatif, c’est que le… ce qui était avant la scène philosophique, c’était entre philosophes, on se parle entre philosophes, c’est beaucoup plus devenu une scène multiple où les philosophes sont invités à parler par les artistes, parfois par les religieux, même par les gens qui font de l’action sociale, vous voyez ? Mais je dirais que la rencontre philosophique en France, c’est...


Bon, ça, encore une fois, c’est la situation française, mais pas seulement. C’est aussi la situation allemande, où il y a comme ça quelques noyaux. Alors, je crois qu’en Allemagne, encore plus qu’en France, parce qu’il n’y a pas cette habitude du programme pour préparer à l’enseignement secondaire, la philosophie dite “analytique” a gagné énormément de place à l’université.


Or la philosophie analytique, je n’ai rien à dire contre elle, moi je ne suis pas un ennemi de la philosophie analytique, simplement constate que la philosophie analytique, quand elle est seule quelque part dans un département de philosophie, c’est toujours finalement une manière de dire : on ne fait pas de métaphysique.


Alors on fait de l’éthique analytique, on fait de l’esthétique analytique, mais alors en ce sens-là, la philosophie universitaire, elle est... En revanche, je crois qu’il y a une réelle activité, bien sûr, créative, mais je remarque, alors ça c’est propre à la France, je remarque que les jeunes, les jeunes français, sont rares. Et en revanche, il y a certains jeunes étrangers qui sont venus faire des études en France et qui font des choses très bien : comme une fois j’ai connu un bulgare et bien ici vous avez des Finlandais qui sont venus en France, et un bulgare chilien, mais la France elle-même…


Mais ça c’est aussi une question plus générale. La France ne va pas bien. La France est malade. La France doute d’elle-même. Bon, maintenant, à ça, je vais ajouter une autre remarque. C’est que je dis que c’est une situation catastrophique à l’université. Mais il n’est pas sûr que ce qui est catastrophique à l’université soit catastrophique en soi. Parce que l’université n’est que l’université. Il y a des… il y a des périodes entières où l’université n’a rien produit, ni en philosophie, ni dans les sciences. Regardez l’université en Europe entre le 16ème et le début du 19ème siècle. Aucun, ni Descartes, ni Galilée, ni Gassendi, personne n’est universitaire. Alors, les choses changent à partir de Kant. Parce qu’il y a eu [Christian] Wolff, le grand universitaire, bien le type qui a transmis Leibniz, qui lui n’était pas universitaire, il a transmis les Kant. Alors là, pour des tas de raisons, je parle des Kant, il a fait recommencer la philosophie à l’université peu avant que Humboldt et les autres inventent l’université allemande.


Ce sont des moments comme ça dans l’histoire. Mais, pendant le 18ème siècle, vous savez, bien que la philosophie, c’était des gens qui étaient des hommes d’église ou des précepteurs, des avocats même. Donc moi je dirais, c’est pas grave, c’est pas grave si c’est pas à l’université. L’université n’est pas un lieu sacré.


Martta Heikkilä: Merci beaucoup, vous avez répondu à presque toutes mes questions. C’était complet. Bon, à la prochaine. 



NOTES


1. Jean-Luc Nancy, « Corps-théâtre », dans Demande : Littérature et philosophie (Paris: Galilée, 2015), p. 221–236.


2. Jacques Derrida, L’Université sans condition (Paris : Galilée, 2001).


3. Bernard Stiegler, Prendre soin: Tome 1, De la jeunesse et des générations (Paris : Flammarion, 2008).


4. Devrait lire : Recherche.

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